LE NOUAGE DU TAPIS ORIENTAL : UN VÉRITABLE SAVOIR-FAIRE

  • LE NOUAGE DES TAPIS PERSANS

    Le terme de -« nœuds ›› n'est pas tout à fait exact: en réalité l'artisan prend les brins de laine, les passe sur les fils de chaîne, à la main ou à l'aide d'un crochet. Il continue sur toute la largeur, sauf quelques fils de chaîne. Les nœuds tiennent parce qu'ils sont tirés, tassés, puis comprimés par le passage de fils de trame, un seul ou deux, un tendu et l'autre plus lâche. Muni de fils colorés et d'un métier, le tisserand commence par monter une lisière sur le bord inférieur du tapis oriental. Ce tissage à plat donne un appui à la trame. Le nouage peut alors débuter. La technique du nœud est considérée comme la plus prestigieuse. Au point que, si l’on évoque le tapis persan, beaucoup pensent exclusivement au tapis persans noués à la main (contrairement aux tapis persans tissés mains). Jusqu’ au milieu du XXème siècle, le tapis persan était le plus apprécié par les Occidentaux et aussi le plus cher, selon la provenance et les matériaux employés. Un critère pour juger la qualité d’un tapis oriental est la densité des nœuds au décimètre carré. Le tapis de « Pazyrik » en laine (2000 ans avant J.C !!), en comptait déjà 3 600, ce qui le place au même rang que les plus beaux tapis persans du XXI siècle. Certains tapis persans dans les musées en comptent bien moins, tels les « Ouchaks » (du nom de leur village d'origine, Usak, en Anatolie) dont les Occidentaux raffolèrent au XVIIème siècle. Ils comptent entre 1 100 et 2 000 nœuds, tandis que ceux dits « de inamelouks égyptiens ›› au XVème siècle ont de 1 500 à 3 000 nœuds. Par comparaison, les tapis persans les plus fins peuvent compter 10 000 nœuds - c’est le cas des tapis persans de Tabriz en laine -, plus encore s'ils sont en soie. La réalisation des grands modèles peut prendre des mois, voire des années. Deux types de nœuds, dits respectivement « turcs » ou « persans », prédominent. Le nœud turc, appelé aussi « de Ghiordes ››, du nom de la ville d'Anatolie, est symétrique. Il passe au- dessus de deux fils de chaîne pour revenir par dessous et ressortir entre les deux. Bien que plus utilisé en Asie Mineure et dans le Caucase, il est également employé en Iran. Le nœud persan dit « Senneh », en référence à la ville du Kurdistan iranien, est asymétrique. Il entoure d’abord un fil de chaine de droite à gauche, puis passe sous le fil suivant, pour resurgir à côte du premier bout, à droite. Une opération peut se réaliser dans l'autre sens. Au dos du tapis oriental, il est possible de remarquer la différence de hauteur des deux moitiés du nœud. Ce nœud est utilisé surtout en Perse, Inde, Chine, au Turkestan, et aussi en Turquie. Il existe des variantes de ces deux types de nœuds. Le double nœud turc, ou jufti (« double ›› en persan), entoure deux fils de chaîne de chaque côte et couvre quatre fils On peut également pratiquer de la même façon un double nœud persan (deux fils de chaîne à la fois). Ces nœuds doubles demandent deux fois moins de travail mais au détriment de la qualité.

    (source : "Les Routes du tapis" - Editions "Poche")